C’est quoi l’éthique dans le BASE JUMP ?

février 19, 2024 Base jump

On peut définir l’éthique comme l’ensemble des conceptions morales d’une personne dans un milieu. Il s’agit de la distinction entre ce qui est moralement bien ou mal, juste ou injuste.

Notre activité est sensible, il me semble important de garder en tête que les endroits où il nous est autorisé de sauter depuis de nombreuses années peuvent un jour devenir interdits (Brévent, Aiguille du midi). 

Il est de notre responsabilité à tous d’éviter les comportements individualistes et d’essayer de faire preuve d’éthique pour la pérennité de notre sport.

J’écris cet article en m’inspirant des nombreux débats qui ont eu lieu sur les forums de BASE, en pensant aux nombreuses situations dont j’ai pu être témoin ces 8 dernières années de pratique et surtout en me rappelant que moi aussi j’ai parfois manqué d’éthique…

J’ai identifié 8 points qu’il me semblent important d’aborder.

  1. La notion de communauté 

Une communauté est un groupe social dont les membres vivent ensemble ou ont des biens ou intérêts communs.

Le fait de partager des sauts, des exits et de vouloir que notre activité reste légale me semble démontrer l’importance que l’on doit accorder à notre communauté. De plus progresser ensemble, partager, coconstruire et collaborer semble indispensable compte tenu de la dangerosité de l’activité.

À partir de cette notion, à nous de réfléchir sur lesquels de nos actes nuisent ou non à notre sport. Mais aussi quel est l’impact de nos choix sur les autres partis (services de secours, entreprises, forces de l’ordre, LPO, DGAC…)

Chacun peut décider librement de l’importance qu’il y accorde. À condition d’être responsable de ses actes et d’assumer les conséquences sur les autres et sur lui-même. 

  1. Les sauts illégaux 

J’aime penser que l’on peut dissocier les sauts illégaux en 3 catégories :

  • Les objets interdits à l’année : immeubles / constructions  (sauf événement) , et les falaises victimes d’une interdiction annuelle.
  • Les objets interdits de façon temporaire et “justifiée”: falaise où se situe un couple d’oiseaux en période de reproduction / exits faisant l’objet d’une négociation (la situation de Chamonix) 
  • Les ponts et viaducs : interdits ou non autorisés.

Pour la première catégorie je comprends tout à fait le désir de les sauter. Je crois même que si c’est fait de façon occasionnelle, discrète, sans dégradation et sans mettre autrui en danger, ça ne me semble pas être un problème. 

Pour ce qui est des sauts victimes d’une interdiction temporaire et justifiée (je ne parle pas des lieux où la chasse est autorisé mais pas le BASE), je pense qu’il est important de se retenir et d’aller sauter ailleurs en attendant qu’une solution soit trouvée et/ou que la période de restriction soit terminée.

Concernant les viaducs et les ponts, dans le cas où les sauter ne porte préjudice à personne, je comprends ceux qui disent que cela fait au final plus de bien que de mal à notre communauté. 
En effet, même si pratiquer notre activité de façon non légale nuit à notre image, l’entraînement et l’expérience que permettent ces objets limitent probablement le nombre d’accidents depuis des falaises. À condition bien entendu que ces spots ne deviennent pas des lieux de prise de risque démesurée et de baisse de vigilance.

Dans tous les cas je pense que si vous décidez de sauter des exits illégaux :

  • Il est important de ne pas diffuser au grand public les images que vous avez filmées. Cependant une diffusion discrète auprès des pratiquants semble largement possible.
  • Contactez un local pour savoir comment sauter cet objet “le mieux possible” sans le griller.
  • Augmentez vos marges pour éviter à tout prix d’avoir un accident sur un spot sensible.
  • Ne sautez pas seul pour éviter d’appeler les secours “pour rien” (si vous avez juste besoin d’un coup de main pour descendre d’un arbre ou d’un pote pour vous conduire à l’hôpital suite à une entorse) 
  • Mettez tout en oeuvre pour passer inaperçu et ne pas vous faire ARRÊTER 
  1. Les réseaux sociaux 

Il s’agit d’un outil merveilleux quand il permet de partager des infos sur des sauts légaux, des retours d’expérience sur des incidents, faire découvrir notre activité au public, ou quand ils mettent en contact des pratiquants sur un site donné. 

À l’inverse ils sont une vraie plaie pour notre activité quand ils deviennent le lieux où l’on diffuse fièrement des pratiques illégales, qui en plus représentent pour la plupart d’entre nous une partie infime de nos sauts.

Je crois qu’il est important de rappeler à la nouvelle génération que :

  • Pour impressionner les non pratiquants un saut “simple”,  safe et de falaise suffit.
  • La course à l’engagement et aux images ne peut pas être gagnée dans la durée. Elle vous rendra célèbre aussi rapidement que vous serez oublié une fois que vous aurez tapé.
  • La compétition peut avoir du bon si elle tire vers plus de sécurité. Privilégiez la précision d’atterrissage, la maîtrise de “figures” sous voile, plutôt que la course au nombre de rotations ou à tirer le plus bas…
  1. Les médias 

J’entends que certains pensent que “pour vivre heureux, vivons cachés”, effectivement certains spots ne seraient pas interdits s’ils n’étaient pas connus des autorités, l’exposition de notre activité entraînant le risque que des lois contraignantes soient créées à notre encontre. 

Bien qu’en accord avec cette idée, le BASE Jump est maintenant trop connu du public pour vivre caché.

Je crois que c’est en se rencontrant, en présentant ce qu’on fait et qui nous sommes, qu’on pourra créer un dialogue et peut être conventionner certains sites aujourd’hui illégaux.

Vivre dans l’ombre et refuser de parler de notre activité entretient l’image que beaucoup de médias diffusent de nous. Quoi qu’il arrive ils parlent de nous, alors autant prendre les devants et leur proposer des sujets plus intéressants que les accidents qu’ils adorent.

Si certaines personnes ont envie de partager notre activité avec les médias, que cela soit avant tout fait pour l’intérêt de notre sport, et non dans un intérêt personnel: 

  • Évitez à tout prix les médias “putaclic” et privilégiez ceux qui veulent rentrer dans les détails et montrer quelque chose au plus près du réel.
  • Il me semble logique de ne pas faire la promotion des sauts illégaux, ni de tenir un discours “thrasher” qui ferait passer l’ensemble des pratiquants pour des idiots qui trompent la mort à chaque saut.

Au final, peut-être que le meilleur média ne peut émaner que de nous ? (Film “Derrière l’exit”) 

  1. Les anciens

Ne soyez pas tenté de justifier votre manque de discrétion en disant que les anciens ont eux aussi fait et filmé des sauts illégaux.

Contrairement à nous, ils n’ont pas découvert le BASE sur YouTube et IG. Leurs motivations pour sauter étaient sûrement moins animées par l’image qu’aujourd’hui.

C’est grâce à l’expérience des anciens que nous avons maintenant de la connaissance, du matériel adapté, et des centaines d’exits sur le topo. C’est grâce à leurs erreurs que nous pouvons maintenant sauter dans des conditions acceptables de risque.

  1. Les FJC et les nouveaux 

Chaque année le nombre de pratiquants augmentant, la probabilité que l’un d’entre eux nuise à notre activité croît.

De plus, comme il est agréable de se sentir spécial, je comprends ceux qui aimeraient que le BASE reste une petite communauté. 

Même s’il peut arriver que les écoles attirent des consommateurs peu intéressés par la complexité du BASE (dans tous ses aspects), et qui veulent seulement “aller vite et gagner du temps”, ce n’est heureusement pas la majorité.

Que l’on soit 500 ou 2000 pratiquants, cela ne changera rien à quel point vous avez eu du mérite d’en être arrivé là. Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que ce soit un problème qu’une minorité de stagiaires ne continuent pas l’activité après leur stage. À chaque fois qu’une nouvelle personne découvre notre passion, le risque que quelqu’un la critique sans la connaître diminue.

Peut-être qu’au lieu d’envoyer chier sur les réseaux sociaux les nouveaux, on pourrait tous prendre un peu de temps pour dialoguer avec eux ?

 Je crois que l’arrivée de nouveaux pratiquants est une chance pour continuer à évoluer, apprendre à prendre du recul, se faire des nouveaux potes, et pourquoi pas avoir autant de plaisir à sauter qu’à transmettre 😉 

ATTENTION à vos motivations :

  • L’appât du gain ⚠️⚠️
  • La volonté de séduire 
  • L’envie de faire plaisir à un pote

Peuvent altérer fortement votre objectivité et vous faire amener des pratiquants sur des exits pas encore adaptés à leur niveau et expérience.

  1. Les coutumes, les règles, et le bon sens

Ce thème est très large il peut s’agir de :

  • Ne pas dégrader ou laisser des déchets sur les spots 
  • Ne pas couper ou modifier la végétation de façon abusive pour accéder, sauter ou filmer un exit. 
  • Ne pas ajouter une structure sans autorisation pour faciliter ou créer un saut (rampe de Gimmelwald)
  • S’autoriser à discuter avec (voire dissuader) un débutant de sauter sur un site non adapté
  • Respecter les règles tacites ou non du spot (mettre un casque et ne pas sauter seul des viaducs pour ne pas être confondu avec un suicidaire ; respecter les horaires de sauts à Steshelberg ; adhérer à la SBA et appeler Airglacier à Lauterbrunnen ; ne pas plier sous le préau à Verrières).

Il y a encore de nombreuses règles que j’oublie et auxquelles vous devez penser. N’hésitez pas à les transmettre et à faire de votre mieux pour les respecter.

  1. Les responsabilités individuelles 

Pour ne pas nuire à notre image, il serait facile de dire : Ne vous tuez pas !

Je suis certain que l’immense majorité d’entre vous ne désirent pas avoir un accident. Augmenter ses marges à minima sur les spots sensibles me semble primordial.

Prenez l’activité au sérieux. Ne commencez pas le BASE sans une expérience solide en pilotage sous voile et en chute libre.

Peut-être aussi que vous former au secourisme, utiliser des protections corporelles, vous entraîner depuis des ponts, régler et connaître votre matériel ou souscrire à une assurance individuelle pour ne pas faire prendre en charge par votre famille et la société votre hobby serait une preuve d’éthique ?


En conclusion, on pourrait définir l’éthique dans le BASE comme l’ensemble des actions qui nuisent ou qui enrichissent la communauté. À nous de s’interroger sur nos actes, et leur impact sur nous et notre sport.

Nous avons tous beaucoup appris et profité du BASE. Je crois que peu importe nos erreurs passées nous devons essayer de faire de notre mieux pour évoluer, à notre tour d’apporter une pierre à l’édifice.

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article.
Merci pour vos avis et vos partages.
Merci enfin à ceux qui font perdurer cette précieuse éthique autour du BASE.

“Ne juge pas, observe et essaie de comprendre”

À bientôt sur un exit !

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